Photovoltaique : faut-il avoir peur des Chinois ?
La Chine est devenue premier producteur mondial de modules photovoltaïques dès 2007. Fin 2010, la Chine compte quatre des cinq leaders mondiaux avec Suntech, JA Solar, Trina Solar et Yingli Green Energy, la plus ancienne entreprise du secteur, fondée en 1998. La messe est-elle dite ?
L'entreprise chinoise Suntech, qui produisait à peu près autant que le français Photowatt en 2004, est aujourd'hui le leader mondial du marché avec une production annuelle estimée à 1 800 MW en 2011, c'est à dire presque 25 fois plus que Photowatt (ndlr : voir l'analyse de son directeur publiée par "la chaîne Energie"). Fondée en 2001, l'entreprise a son siège à Wuxi, véritable « Silicon Valley chinoise », situé à une centaine de kilomètres à l'ouest de Shangaï. Elle compte aujourd'hui quelque 14.000 employés en Chine et un millier à l'étranger. Entré à Wall Street en 2005, le groupe a des locaux ultramodernes, dispose de filiales dans 14 pays, avec une unité de production en passe d'être délocalisée en Arizona « pour se rapprocher de (la) clientèle ».
La Chine produit principalement des modules composés de cellules photovoltaïques de silicium monocristallin et polycristallin. C'est une production de masse d'équipement de première génération, qui représente environ 35% des capacités mondiales pour fin 2011. La Chine monte en gamme avec dans la conception et la qualité des produits, avec des productions de modules composés de cellules photovoltaïques de silicium amorphe. On aimerait affirmer que les panneaux chinois sont de moins bonne facture que les panneaux européens. Mais la progression en quantité et qualité est telle qu'il y a aussi des bons fabricants chinois de modules cristallins.
La messe est-elle dite ?
Les politiques s'émeuvent, à juste titre, de voir le marché français inondé par des produits cristallins asiatiques à hauteur de plus de 80%. Et derrière la Chine, se cachent Taiwan, l'Inde et le Japon dont l'appareil productif et logistique a été touché par Fukushima.
Ils répètent que les panneaux chinois produisent 1,8 fois plus de dioxyde de carbone, que leur importation massive génère d'importantes quantités de gaz à effet de serre (GES) et que leur recyclage n'est pas réglé. Ils s'interrogent sur le rôle d'EDF dont la filiale EDF Energies Nouvelles signe des contrats d'achat très importants de modules cristallins chinois, notamment avec Solarfun et Yingli Green Energy.
La messe est elle dite en faveur de la Chine ? Pas sur. La situation n'est-elle pas similaire pour d'autres industries telles les téléviseurs ? Doit on arrêter de regarder la télévision parce qu'on ne fabrique plus les appareils de manière compétitive sur le territoire national et parce que le recyclage des vieux téléviseurs n'est pas systématique ?
Un premier espoir pour la France vient des grands groupes industriels qui, a défaut de s'être positionnés dans la fabrication, jouent un rôle de sous traitants important. Ainsi :
- Air Liquide confirme une position de leader dans l'industrie photovoltaïque grace à ses contrats pour fournir les gaz vecteurs et les gaz de spécialités à des fabricants chinois de cellules solaires en silicium cristallin.
- Pour Saint Gobain, le marché est aussi prometteur car qui dit photovoltaïque... dit verre. Le pôle vitrage conçoit des verres spécifiques utilisés pour assembler et protéger les cellules semi-conductrices qui constituent la base même des modules solaires. Le groupe vise un leadership dans le verre spécialement dédié aux applications photovoltaïques.
Les cellules cristallines peuvent donc être importées de Chine, assemblées en modules dans l'Union Européenne, contrôlées pour obtenir une certification européenne et contenir du verre et du gaz de grands groupes français.
D'autre part, les technologies sont en compétition entre elles. Si la Chine a pris la tête pour la production de masse de cellules et modules cristallins, il reste à savoir comment la technologie cristalline va résister à la montée en puissance des couches minces, c'est à dire des cellules de deuxième génération où les Etats Unis gardent une avance avec First Solar. Idem pour la troisième génération où des équipes européennes de recherche se positionnent déjà.
Enfin, pour les mega centrales au sol, le photovoltaïque est en compétition avec le solaire à concentration. L'Allemagne, l'Espagne et les Etats Unis ont construits des centrales expérimentales, telles Nevada Solar One, qui sont opérationnelles. Ils veulent investir dans les marchés très prometteurs d'Afrique du Nord, pour la construction de centrales solaires dans le désert.
Source : Revue des anciens élèves HEC